ARGUMENTAIRE
Nos sociétés sont dites en mutations et sont confrontées aujourd’hui à des crises inédites. Ces crises apparaissent comme multiples (sanitaires, écologiques, civilisationnelles, culturelles, sociales, politiques, numériques) et se traduisent par des conflits, inégalités et souffrances, à la fois classiques et bien connus des époques plus anciennes (guerres, génocides, famines, épidémies, dictatures, fermetures, exclusions), mais aussi spécifiquement contemporaines du fait pour une part, de leur accélération et pour une autre part, de leur mondialisation.
Cet « inédit » nous conduit à revisiter l’histoire, l’origine, ce qui a été, et à nous questionner sur l’avenir, ce vers quoi nous nous dirigeons. Il génère inquiétude, sentiment de menace, et perte des repères, et donne lieu à des expressions de souffrances subjectives, groupales et sociétales, en nous conduisant à repenser nos liens dans un monde bouleversé.
Autrement dit, ces mutations contemporaines provoquent « saisissements » et « émergences ». Le « saisissement » s’appréhende aussi bien du côté du contrôle « saisir quelque chose », ou encore du côté de la mise en sens « comprendre quelque chose », que du côté de la sidération « être saisi par quelque chose ». Le saisissement convoque bien souvent des défenses, comme le déni, le clivage ou encore le repli et interroge les capacités de transformation autant psychiques qu’intersubjectives et sociétales. L’émergence traduit les possibilités créatrices d’un tel avènement, « l’inédit de la réponse face à l’inédit de la question ». La partie émergente (manifeste) laisse cependant la partie immergée (latente) dans une position incertaine, et parfois même indicible.
Les cliniques contemporaines nous ouvrent à l’expérience et mise au travail de l’incertitude qui est aussi condition de surgissements, occasion d’inattendus, de surprises et de transformations. Comment cette dimension émerge-t-elle dans les espaces groupaux, familiaux et institutionnels, comment penser l’espace thérapeutique dans ce contexte ?
Entre saisissement et émergences, quels dispositifs ? Nous voilà nous-mêmes cliniciens des groupes, cliniciens des liens intersubjectifs, à devoir inventer des dispositifs à la hauteur des défis contemporains. Comment, ici et là, en Europe comme dans les Amériques, offrons-nous des espaces et des temps pour penser ces transformations et pour soigner les sujets en mal-être ?
L’objectif du colloque sera de mettre en débat et perspective ce propos argumentaire pour partager et croiser les réflexions, expériences et pratiques, interroger les dispositifs et échanger dans la stimulation de la mise ensemble. Ceci, à des fins de partage mais aussi de productions nouvelles de connaissances avec des visées de diffusion, par les communications et publications en prévision à l’issu du colloque.
Comité d’organisation international :Emmanuel Gratton (U. Angers, France), Claudine Veuillet-Combier (U. Angers, France), Pablo Castanho (U. São Paulo, Brésil), Da Silveira Fernando (U. Mackenzie, Brésil), Lila Mitsopoulou-Sonta (U. L.Lyon 2, France), Georges Gaillard (U. L.Lyon 2, France), Magali Ravit (U. L.Lyon-2, France), Aurélie Maurin-Souvignet (U. Paris13, France).


